L’économie informelle représente encore en Afrique jusqu’à 50 % du PIB de certains pays. Ces activités menées en dehors de toutes réglementations sont souvent le seul moyen de subsistance de la population. La structuration de l’économie est le grand défi actuel de l’Afrique. Un sujet délicat, tant les équilibres sont précaires sur le continent.

Les rues des métropoles africaines en témoignent mieux que les études les plus savantes, l’économie informelle est omniprésente en Afrique. Coiffeurs de rue, vendeurs de téléphones, marchands de fruits, mototaxis… toutes ces activités sont en effet souvent menées en dehors de toutes réglementations. Cette absence de règles (enregistrement des commerces, enregistrement des salariés, taxes, impôts, cotisations sociales) est ce qui caractérise l’économie informelle. Contrairement à l’économie souterraine qui concerne des activités illégales, l’économie informelle regroupe toutes les activités légales menées en dehors de toute réglementation.

90 % de la main d’œuvre

Le poids de cette économie peut représenter de 30 à 50 % du PIB des pays africains, selon les études menées par des organismes comme le Banque mondiale ou la Banque africaine de développement. Dans certains secteurs, l’économie informelle peut même concentrer 90 % de la main d’œuvre disponible. Souvent pratiquée par des personnes précaires, sans formation, l’économie informelle a envahi les rues africaines durant les crises des années 80. Elle représentait pour une grande partie de la population laissée à l’abandon par des Etats impuissants et (ou) corrompus, la seule chance de pouvoir subvenir aux besoins les plus élémentaires. En ce sens, l’économie informelle témoigne du grand dynamisme des populations africaines en dépit de conditions souvent contraires.

Mais cette économie informelle à un prix. Sans structuration de l’économie, les Etats ne peuvent engager les grandes réformes dont l’Afrique a besoin. Développement de l’éducation et de la formation, développement des infrastructures (électricité, routes, transports), développement des services sociaux de santé.

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Emeutes au Sénégal

La forte croissance enregistrée par les pays africains au tournant du XXIe siècle, a pu rendre optimistes de nombreux observateurs. Mais la conjoncture actuelle invite à plus de prudence. Le FMI prévoit ainsi pour 2017 des taux de croissance entre 3 % et 6 % selon les pays, contre 10 % au début des années 2000. Les institutions comme la Banque africaine de développement ou l’OIT (Organisation internationale du travail) ont pris la mesure de l’urgence. Les pays africains doivent structurer leurs économies afin de pérenniser l’actuel développement du continent.

Mais si le constat est partagé par une grande majorité des acteurs économiques du continent, les solutions à mettre en œuvre sont complexes. On se souvient des échauffourées entre la police et les marchands ambulants de Dakar, en juin 2015, lorsque les autorités sénégalaises ont voulu interdire les activités informelles. L’économie informelle reste majoritairement une économie de subsistance qui ne pourrait survivre si on lui appliquait les règles de commerce en usage en Europe ou aux Etats-Unis.

Des solutions africaines pour l’Afrique

De fait, les solutions envisagées par les Etats, les entreprises, les experts et les syndicats doivent être innovantes. Pour Youssouf Maiga, expert indépendant basé au Burkina-Faso, ces solutions ne peuvent être trouvées à Genève, Paris ou New-York dans les bureaux des grandes institutions internationales. Elles doivent murir dans les artères des villes africaines. « On ne pas demander aux réparateurs de téléphones qui travaillent dans les rues, de payer impôts et taxes du jour au lendemain. Mais on peut imaginer des formes de certifications de leur activité, de leur savoir-faire comme bases à la création d’une véritable corporation ».

De fait, pour de nombreux observateurs, la structuration de l’économie africaine doit d’abord faire la preuve de ses bénéfices en matière de santé, éducation, couverture chômage pour être acceptée par la population. En un mot, les Etats africains vont devoir faire la preuve de leur capacité à organiser le développement des pays. Ce n’est pas le moindre des défis que propose aujourd’hui en Afrique, l’économie informelle.

 

Source: Afrique Economie

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