Les banques n’ont encore presque rien joué en Afrique. Les nouvelles perspectives de Moody’s le confirment. Selon l’agence de notation américaine, « le taux de pénétration des banques est toujours faible ». En effet, sur le terrain, 80 % de la population africaine gèrent son argent sans le concours d’une banque. Profitant des ouvertures que leur offre l’achat de mobiles par le plus grand nombre, les télécoms se sont lancées dans une course folle pour capter ce marché colossal des personnes non bancarisées. Leur vecteur ? La « mobile money ».

Un enjeu de taille

Pour les banques, l’enjeu est de taille car il faut absolument empêcher les compagnies de télécoms de les supplanter à partir des nouveaux usages multiples du téléphone permis par le mobile. « L’utilisation accrue de la technologie mobile en particulier devrait permettre de libérer le potentiel », expliquent les experts de Moody’s. Au Sénégal, les banques traditionnelles cherchent à s’y mettre, alors qu’Orange est d’ores et déjà en branle via son portefeuille électronique Orange Money. Du coup, elles se sont mises à repenser leur fonctionnement, à proposer de nouveaux services et à créer de nouveaux usages afin de capter ce secteur informel non bancarisé et pourtant générateur de flux financiers colossaux.

Un terrain exigeant dont il faut comprendre les codes

Comment capter ce marché ? Il faut mieux le connaître, en détecter les besoins, se l’approprier en somme. C’est dans cette dynamique que Société générale Sénégal, ex-Société générale de banque au Sénégal (SGBS), a choisi d’accompagner des start-up africaines à travers son Lab Innovation. Objectif : explorer toutes les pistes permettant de mieux cerner les voies et moyens de séduire les acteurs du financier non bancarisé et, au-delà, d’augmenter son portefeuille, à la fois mieux globaliser et segmenter son offre. « Les petits boutiquiers, tous les travailleurs de l’informel ont leurs propres codes, une façon d’échanger dont nous devons nous imprégner pour mieux répondre à leurs besoins », explique Thomas Kowalczyk, chef de projet du Lab

Les petits boutiquiers sont aujourd’hui la principale cible de ces start-up. Au quotidien, ils usent de carnets pour suivre leur comptabilité. Souvent, ils font crédit à tel ou tel habitué. Si le carnet est perdu, toute la mémoire comptable l’est aussi. Le boutiquier peut aller jusqu’à mettre la clé sous la porte pour une bouteille d’huile déversée sur le précieux manuscrit. Et quelle lisibilité peut promettre un petit commerçant en quête d’un emprunt ? Quelle crédibilité offre un carnet de notes sur son commerce ? Autant de questions auxquelles il importe de donner des réponses en démontrant la création de valeur avec les nouveaux outils.

© DR

 

Démontrer la création de valeur

Exit donc le vieux carnet ! Lorsque Fabrice Koffi crée Keiwa, il veut permettre aux quelque 2 millions de boutiques du pays d’avoir accès à un rapport d’activité clair en temps réel. L’Ivoirien développe une application mobile « de comptabilité simplifiée, ludique et éducative ». Ces quelques clics journaliers permettent rapidement de créer une traçabilité des échanges et donc de la valeur du commerce. À la clé, la possibilité d’accéder à un crédit bancaire en cas de baisse de régime ou tout simplement pour développer son activité.

Autre difficulté, celle des fournisseurs qui peinent à gérer l’approvisionnement des commerçants. En créant Cooffa, l’idée de l’Algérien Mehdi Omarouayache est de faciliter la gestion des stocks via une simple caisse enregistreuse. Simple mais efficace, elle permet la digitalisation de toute la chaîne logistique entre fournisseurs et boutiquiers. Les coûts d’approvisionnement étant réduits, les fournisseurs financent eux-mêmes les caisses enregistreuses des boutiquiers. Ces derniers, eux, gagnent en crédibilité pour espérer un crédit bancaire. Toujours le même.

Créer des réseaux d’échanges virtuels

Qui dit peu de personnes bancarisées dit beaucoup de liquidités. Mais les petites coupures font souvent défaut. Ainsi, un chauffeur de taxi ne pouvant rendre la monnaie par exemple, doit sortir de sa voiture et aller en quête de monnaie aux alentours de son lieu de dépose du client. Pourquoi ne pas lier tout ce monde et créer un « distributeur virtuel de billets » ? L’idée a été creusée par Sreekanth Krishnamoorthy, développeur de Cashberry en Inde, son pays d’origine. Comme le Sénégal, le secteur informel y est très important. Le principe est simple : une personne ayant besoin de monnaie fait une demande sur la plateforme et trouve, grâce à un système de géolocalisation, quelqu’un disposant de cash. Un usage qui, une fois admis au Sénégal, aiderait largement la population.

De même que le cash, la gestion des produits maraîchers et de la pêche est difficile. L’offre et la demande peinent à être en adéquation. Voyons le cas de Dakar, ville de la mer, capitale du poisson. Trois cents tonnes y sont vendues par jour. Un chiffre en croissance constante, tout comme celui des invendus. Face à ce constat, Pierre Gancel et son équipe sénégalaise ont cherché à développer, grâce à la solution Weebi, une sorte de marché virtuel où poissonniers et acheteurs (restaurants, par exemple), se retrouvent pour échanger facilement, limitant les pertes quotidiennes.

YUP au cœur de la vie quotidienne

Aider au développement de ces start-up est ainsi une belle opportunité pour Société générale Sénégal qui a décidé de s’attaquer aux besoins locaux par une offre digitale adaptée. De fait, depuis un an, elle a créé YUP, une plateforme qui permet d’intégrer toutes les applications mobiles décrites plus haut, en plus du paiement des factures, de l’achat de crédit téléphone… Avec comme pari de finir par être un outil indispensable au quotidien, Société générale s’est investie avec un fort engagement de sa présidence à Paris. Nul doute que la concurrence avec Orange et les autres compagnies de télécoms promet d’être rude. Et la bataille ne fait que commencer.

Le Point Afrique

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