Matina Razafimahefa, une auto-entrepreneuse franco-malgache de 20 ans, propose des formations de développeur en partenariat avec des entreprises locales. L’idée, faire assumer une partie du coût de la formation par le futur employeur, le jeune pouvant rembourser sa part une fois son premier salaire empoché.

« Je suis encore étudiante, je suis une femme et je n’ai pas vraiment la fibre tech’, je pars avec pas mal de handicaps ! », s’amuse Matina Razafimahefa, avant d’éclater de rire. Pourtant pas de quoi faire peur à cette jeune auto-entrepreneuse franco-malgache, qui a lancé, à tout juste 20 ans, la start-up Sayna, qui a pour ambition de former des développeurs à Madagascar, sur le modèle de l’École 42 créée par Xavier Niel.

« Nous proposons une formation numérique, accessible et ouverte à tous, pour aider des jeunes Malgaches défavorisés et leur permettre de décrocher un CDI dans une entreprise locale », résume la jeune femme, en deuxième année de licence de Sciences politiques à la Sorbonne, à Paris. Le tout à bas coût, puisque c’est l’employeur lui-même qui financera l’apprentissage de l’étudiant.

Rêve d’enfant

Cette entreprise, Matina Razafimahefa en rêve depuis l’âge de quinze ans, lorsqu’elle est arrivée en France avec sa famille, après avoir vécu une partie de son enfance à Antananarivo, la capitale malgache. « En m’installant ici, je me suis rendu compte de la chance que j’avais d’avoir accès à une éducation gratuite et à internet », se rappelle-t-elle.

Une idée commence alors germer dans la tête de l’adolescente, qui révise les maths « en regardant des tutos sur YouTube », elle veut créer un centre de formation pour informaticiens dans son pays d’origine, « avec un accès à internet illimité ». Mais on la décourage : « trop jeune », « pas compétente », « attends un peu », lui dit-on.

Elle patiente donc. Jusqu’à l’année dernière, lorsqu’elle assiste à une conférence organisée par plusieurs églises à Londres. Le thème : « Comment devenir des leaders ». C’est le déclic. En novembre, elle décide de « foncer » et de reprendre son projet inachevé, avec le soutien de sa mère, Nirina Rahoeliarivahy, qui devient son associée. « C’est elle qui a trouvé le nom Sayna, ça signifie « intelligence » en malgache », indique la jeune cheffe d’entreprise.

Financement participatif

« Ma maman est mon premier soutien, elle m’a encouragée depuis le début », confie-t-elle. Sa mère, sa sœur, mais aussi ses amis, se cotisent sur une plateforme de crowdfunding pour rassembler 3 200 euros et l’aider à monter sa start-up. Le reste est versée de « sa poche », grâce aux quelques économies qu’elle a de côté et à l’argent gagné avec son petit job de distribution de flyers.

« La cagnotte fixée à 4 000 euros servira à payer le formateur, pour acheter 12 ordinateurs et mon billet d’avion aller-retour pour Madagascar », liste Matina Razafimahefa, qui anime depuis janvier la campagne de financement participatif en publiant des vidéos sur Facebook et Instagram.

La première session de formation de Sayna sera lancée le 26 mars prochain. Elle accueillera douze étudiants, sélectionnés parmi les 16 qui s’étaient présentés, grâce à un concours composé de tests de logique, de personnalité et d’épreuves pratiques.

La formation accélérée durera quatre mois, suivie de six mois en alternance dans l’entreprise du jeune. Le coût de la session (1 700 euros), est pris en charge à 70 % par l’employeur, les 30 % restant devant être réglés par l’alternant « mais il ne nous remboursera qu’une fois qu’il aura son premier salaire », précise Matina Razafimahefa.

Répondre aux besoins de 1 000 sociétés

L’objectif affiché – ambitieux – est de « faire émerger 10 000 digital workersen cinq ans pour répondre aux besoins de mille sociétés. » Plusieurs entreprises partenaires françaises et malgaches ont déjà manifesté leur intérêt et se sont engagées à embaucher plusieurs jeunes à la sortie : la société spécialisée dans le conseil en innovation et transformation digitale Maltem consulting, qui héberge la start-up, et le groupe de télécom malgache Axian, dont la DRH a participé au processus de recrutement des étudiants.

Un accord de partenariat est également en cours de négociation avec l’Agence malagasy de développement économique et promotion des entreprises (AMDP). La jeune dirigeante ne cache pas ses ambitions, elle veut « devenir un acteur incontournable dans le monde de la tech’ et faire de Madagascar un eldorado digital d’ici dix ans. »

Difficile de s’imposer dans ce monde d’hommes blancs de 40 ans

Le chemin est encore long sur la Grande Île. Aujourd’hui, 4 % seulement de la population malgache a un accès direct à internet dans le pays. « Là-bas, les étudiants qui souhaitent se former au code n’ont pas le choix, ils doivent soit payer une formation très chère à Madagascar ou bien aller en France pour bénéficier des formations gratuites de Simplon ou de l’École 42. Nous voulons donner une chance à tous les jeunes, y compris défavorisés, pour qu’ils puissent se faire embaucher sur place et ne plus être obligés de partir à l’étranger pour travailler », affirme Matina Razafimahefa.

Jonglage entre réunions et partiels

Jusqu’à récemment, la jeune femme devait jongler entre ses cours à l’université et les rendez-vous professionnels. « C’était très difficile au premier semestre avec mes partiels, mais là je viens de passer en contrôle terminal, je peux enfin être à 100 % sur Sayna ! », s’enthousiasme l’étudiante, à la tête d’une équipe de deux personnes, encore bénévoles pour le moment, sa mère Nirina Rahoeliarivahy, une ingénieure et consultante de 52 ans, et Bacely Yorobi, un développeur ivoirien de 30 ans qui a fondé ConnectX Global, une plateforme qui fédère des entrepreneurs émergents.

Si elle reconnaît qu’il est parfois difficile de s’imposer dans « ce monde d’hommes blancs de 40 ans », Matina Razafimahefa n’hésite pas à remettre en place ceux qui se montreraient trop familiers avec elle ou qui ne la prendraient pas au sérieux. « Mon secret quand j’ai un rendez-vous important et qu’il faut que j’en impose : j’emmène ma maman avec moi, ça marche à tous les coups ! », glisse-t-elle, tout sourire.

La jeune femme se fixe un objectif de rentabilité dès 2019. « On devrait atteindre, selon mes prévisions, un chiffre d’affaires de 61 000 euros, et on espère huit millions en 2023 », projette-t-elle. Le plus gros défi qui l’attend : assurer un fond de roulement, puisque les entreprises ne la payeront qu’après la première session de la formation du jeune, au bout de cinq mois.

Alors avant de pouvoir se payer ses propres bureaux, l’entrepreneuse itinérante travaille chez elle, au domicile familial à Nanterre dans la région parisienne, ou bien au café Matamata, dans le 2e arrondissement de Paris, QG pour « freelances » et « coworkers ». Matina Razafimahefa en a déjà profité pour créer un partenariat avec les deux gérants : pour chaque don versé à Sayna, un café offert.

Jeune Afrique

A propos de l'auteur

CEO AfrikaTech

Ingénieur en informatique et Entrepreneur, Boubacar est le fondateur d’AfrikaTech, un média qui fait la promotion de l’entrepreneuriat et l’innovation technologique en Afrique et dans la diaspora. En publiant quotidiennement des articles sur l’actualité entrepreneuriale et technologique, l’ambition est d’inspirer et fédérer les entrepreneurs, investisseurs, mentors et incubateurs. Les membres du réseau AfrikaTech peuvent demander de l'aide à la communauté (plus de 22 000 membres) sur tout type de problème rencontré : je souhaite m’implanter en Côte d’Ivoire et cherche des partenaires sur le terrain; je souhaite faire une étude de marché sur le mobile Money au Kenya, je recherche un mentor au Maroc etc. Ceux qui souhaitent investir en Afrique peuvent accéder aux informations clés : marché, startups, investisseurs, incubateurs etc. LinkedIn: https://www.linkedin.com/in/boubacardiallo

Articles similaires

Une réponse

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.