Stéphan-Eloïse Gras participera au débat : « Afrique 2.0, la révolution numérique » le samedi 10 octobre de 16h30 à 18h au centre de conférence du stade de l’Amitié de Libreville. Inscription gratuite.

Le développement du numérique en Afrique semble être devenu un sujet mondialement partagé. La multiplication de rencontres, débats, forums ou salons dédiés à cette question comme à celles d’innovations, d’entrepreneuriat etc., témoigne d’un engouement extraordinaire pour un enjeu qui n’éclaire pas que le seul avenir du continent. La double explosion, démographique (d’ici 2050, un tiers de la population mondiale vivra en Afrique) et numérique (on calcule que la contribution du numérique au PIB annuel africain rattrapera celui de Taïwan ou de la Suède en 2025), requiert de poser un regard lucide sur les besoins et les usages présents et futurs, et d’accompagner ce mouvement de façon réaliste et concrète.

Tout d’abord, il est important de repérer les spécificités des économies et des cultures numériques qui se développent aujourd’hui en Afrique, ainsi que les individualités qui les promeuvent. Aux questions de connectivité ont succédé celles des services, des contenus et de leurs modèles, dans un monde numérique dominé par les GAFA (Google, Apple, Facebook, Amazon) et dans une région où les institutions politiques, juridiques ou économiques sont souvent instables. D’une part, il n’existe pas « une » Afrique : du Nord au Sud, d’Est en Ouest, la diversité continentale oblige à penser des logiques différenciées de transformation numérique. D’autre part, l’Afrique n’a pas, ou peu, de vieux modèles industriels stabilisés que l’économie, les usages ou les dispositifs technologiques viendraient « hacker ». Tout y est l’objet d’une invention permanente et nécessaire.  De ce point de vue, « l’uberisation » ne représente pas un risque aussi grand et violent qu’au Nord. On peut dès lors s’attendre à ce que l’essor du numérique – ses modes d’organisation décentralisés, ses économies d’échelle et ses communautés autogérées – libère une créativité et des formes d’innovations afro-optimistes.

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Ensuite, le développement de ce sujet en Afrique incite à penser autrement la transformation numérique du monde. Les multiples situations d’urgence – sanitaires, agricoles, écologiques, politiques, économiques etc. – qui traversent le continent depuis plusieurs décennies ne sont-elles pas des occasions concrètes d’expérimenter la complexité du monde qui vient ? Autrement dit, l’Afrique n’est-elle pas le laboratoire du monde de demain ? A l’instar des monnaies numériques (M-Pesa), des outils médicaux d’accès au diagnostic et aux soins (CardioPad), des applications de contrôle des prix agricoles (M-Farm), des cartographies ouvertes et collaboratives pour le ramassage des déchets (ArClean), des réseaux sociaux vernaculaires (Mxit), du développement de l’édition numérique etc. Les solutions imaginées et conçues par des individus, entrepreneurs, étudiants, chercheurs, ou artistes peuvent inspirer durablement le reste du globe.

Cette énergie entrepreneuriale qui s’exprime aujourd’hui en Afrique doit être soutenue, valorisée et accompagnée pour participer à l’invention – voire au réenchantement – du monde numérique de demain. S’il faut globaliser l’innovation africaine, il s’agit aussi d’africaniser l’innovation globale pour insuffler une vision du numérique inclusive, durable, créative et utile.