S’il s’agit d’un défi qui concerne tous les pays du monde, l’Afrique, et particulièrement l’Afrique subsaharienne, a tout à gagner à ce que ses femmes créent leur propre environnement et définissent leurs propres règles, afin d’être en mesure de choisir la vie qu’elles veulent mener.

L’Afrique, premier continent de l’entrepreneuriat féminin

La femme africaine est, depuis toujours, une entrepreneuse dans l’âme. Résolue à affronter les difficultés, elle incarne l’espoir, le courage et l’envie de se battre pour subvenir aux besoins de sa famille et de sa communauté.

Cela se sait encore trop peu, mais l’Afrique est le premier continent de l’entrepreneuriat féminin : une femme sur quatre y crée une entreprise. En Afrique subsaharienne, les femmes représentent même 27% des entrepreneurs. Il s’agit du taux le plus élevé à l’échelle mondiale. La pénurie d’emplois, obligeant de nombreuses personnes à se battre pour créer leurs propres opportunités, et le fait que le continent soit face à diverses problématiques encore non résolues dans différents domaines d’activités, expliquent cette multiplication de femmes entrepreneurs en Afrique.

Les femmes du continent ont de l’ambition à revendre

Beaucoup d’entre-elles souhaitent faire grandir leur business au-delà même des frontières régionales et nationales et visent désormais les niveaux panafricains et internationaux. Si aucun secteur n’échappe à leurs ambitions – agriculture, éducation, santé, énergie – c’est bien l’avènement des nouvelles technologies et d’Internet qui constitue le premier vivier d’activité pour les entrepreneuses africaines.

Le téléphone mobile est un levier de développement de entrepreneuriat - Photos Thierry BARBAUT - Côte d'ivoire 2017

Selon une étude réalisée par McKinsey, Internet pourrait contribuer au PIB annuel du continent africain à hauteur de 300 milliards de dollars d’ici 2025.

Près de 70 millions de smartphones équipent déjà la population africaine, souvent très jeune.

Cette présence technologique ouvre de nombreuses opportunités pour les entrepreneurs, dans les domaines de la e-santé, de l’e-éducation ou des systèmes de paiement par téléphone mobile : en 2025, six Africains sur dix pourraient avoir accès à des services de banque en ligne. Et cela, les femmes africaines l’ont bien compris, elles qui sont de plus en plus nombreuses à se former dans ce domaine d’avenir et à capitaliser sur le digital afin de proposer des solutions innovantes. Le Web, le mobile et les réseaux sociaux permettent également à ces femmes de ne pas limiter leurs contacts et la commercialisation de leurs produits aux seuls marchés locaux.

De nombreux freins à surmonter

Ces beaux succès ne doivent pas faire oublier les freins, encore nombreux, qui se dressent sur la route des entrepreneuses africaines. Pour soutenir leurs ambitions, l’Afrique doit favoriser un meilleur accès à l’éducation et à l’information sur l’entrepreneuriat, travailler à supprimer les barrières que constituent encore certaines mentalités et traditions coutumières, donner une meilleure image de la femme en tant que chef d’entreprise.

L’entrepreneuriat féminin constitue aussi une chance de changer les règles de sociétés encore fortement marquées par le patriarcat. Créer leur propre business permet aux femmes africaines d’imposer leur manière de mener des affaires.

Si les femmes africaines ont fait leur la révolution numérique, à l’heure actuelle, les investisseurs continuent de privilégier les secteurs traditionnels comme l’industrie minière ou l’exploitation des ressources naturelles. Pour attirer les investisseurs, de plus en plus nombreux à venir sur le continent, les femmes d’Afrique doivent également être mieux formées aux domaines du marketing, des ressources humaines ou de la finance.

Enfin, tant que la lutte contre les violences faites aux femmes ne sera pas élevée au rang de priorité, les efforts pour encourager l’entrepreneuriat des femmes africaines ne porteront pas les fruits escomptés.

 

L’expertise du Fonds d’Appui aux Femmes de Côte d’Ivoire reconnue à l’international

C’est pour répondre à ces enjeux que j’ai créé, en 2012, le Fonds d’Appui aux Femmes de Côte d’Ivoire (FAFCI), pour donner vie à une promesse électorale de mon époux. Doté d’un capital de 8,5 milliards de francs CFA, le FAFCI a pour objectif de favoriser l’autonomisation des femmes et la promotion de entrepreneuriat féminin. En cinq années, le fonds a ainsi permis d’aider 115 000 femmes de toutes les régions de Côte d’Ivoire à démarrer une activité génératrice de revenus, en leur octroyant un crédit à taux d’intérêt très bas, sans caution ni frais de dossiers.

A l’occasion de la journée internationale de la femme, j’ai eu l’honneur, en tant que marraine des célébrations ivoiriennes, d’octroyer aux femmes des départements de la Mé, un montant additionnel de 200 millions de francs CFA, permettant de financer des projets supplémentaires.

Le modèle économique du FAFCI fonctionne, et donne des idées à d’autres institutions, bien au-delà des frontières ivoiriennes. Début mars, j’ai ainsi eu le plaisir de recevoir Michèle Sabban, Présidente de l’ONG R20 fondée par l’acteur américain Arnold Schwarzenegger. Au cours de cet entretien, Michèle Sabban a sollicité l’expertise du FAFCI dans le cadre du développement d’un Fonds Mondial vert pour l’autonomisation des femmes.

En Côte d’Ivoire comme ailleurs, les femmes sont aujourd’hui des acteurs de développement incontournables

Les gouvernements africains doivent favoriser leur pleine autonomie, et construire des projets de carrière pour leur avenir. Cet effort ne pourra que contribuer au développement de l’ensemble du continent. En Afrique plus qu’ailleurs, et pour paraphraser Aragon, la femme est l’avenir de l’homme.

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