Les startups africaines du numériques attirent de plus en plus les investisseurs internationaux et locaux. Selon le fonds de capital-risque transatlantique Partech Ventures, en 2016, 77 startups issues du continent africain sont parvenues à lever 366,8 millions de dollars auprès d’investisseurs. Malgré ce succès, la recherche de financements s’avère souvent complexe pour les startups en Afrique. Cette réalité s’explique notamment par un système d’aide à l’innovation à l’état embryonnaire associé à un secteur bancaire inadapté. Quelles sont donc les solutions qui s’offrent aux startups qui souhaitent bénéficier de financements ?

 

Le trio gagnant pour l’obtention de financements ? Cape Town, Lagos et Nairobi

Grâce au Nigéria, les investissements en Afrique ne cessent de croître. En effet, les startups nigérianes spécialisées en technologie ont obtenu 109 millions de dollars en 2016. L’ensemble des incubateurs de startups sont regroupés dans la « Yabacon Valley », non loin du quartier de Yaba à Lagos.

 

L’Afrique du Sud a, quant à elle, en l’espace de 28 levées de fonds, reçu 96,7 millions de dollars. Le Kenya, en troisième position, avec des levées de fonds d’un montant de 92,7 millions de dollars réalisés par 21 startups issues de la « Silicon Savannah ».

 

L’ensemble de ces 3 pays attirent la grande majorité des investisseurs. Les autres pays, demeurent toujours sous représentés. Ils se sont pourtant engagés dans une innovation numérique structurante. Il s’agit, pour les investisseurs d’une véritable opportunité encore peu exploitée.

 

Néanmoins, l’Afrique francophone commence elle aussi à susciter l’intérêt des investisseurs. Cinq pays francophones se distinguent : le Sénégal, la Côte d’Ivoire, le Rwanda, la Tunisie et le Maroc. Ils sont parvenus à obtenir 37 millions de dollars en 2016 soit 10 % de l’ensemble des investissements réalisés en Afrique en faveur des start-ups. Cette région de l’écosystème africain doit renforcer sa position dans les années à venir.

Quels sont les secteurs phare ?

 

En termes de tendances sectorielles, les Fintech (financial technology) arrivent en première position. En effet, elles attirent 19 % des flux d’investissements. Ce secteur est de loin celui qui obtient les investissements les plus importants. Il se positionne loin devant le secteur du numérique au service de l’éducation (Edtech) qui attire 8 % des investissements. Le secteur des « Health Tech » n’obtiennent que 2,5 % des investissements.

 

Par contre, le secteur du « off-grid » (hors réseau électrique) attire de plus en plus les investisseurs. Les innovations de ce secteur visent à combiner l’énergie solaire et le numérique. Le volume d’investissement représente 36,6 % du total des levées de fonds du continent africain.

 

Cet essor s’explique par la montée en puissance d’applications qui permettent de démocratiser l’accès à l’énergie. Ces applications nommées « pay as-you-go » (l’usager paie uniquement la quantité d’énergie consommée au jour le jour) sont commercialisées par M-Kopa au Kenya ou MobiSol au Rwanda. Les nouveaux business models réplicables dont ces startups sont à l’origine intéressent au plus haut point les investisseurs issus d’autres régions émergentes confrontées aux mêmes problématiques d’accès à l’énergie.

Les différents types de modèles de financements pour les startups

En Afrique francophone, les taux d’intérêt des prêts consentis par les établissements bancaires varient entre 10 et 17 %. Ce tarif est inaccessible pour les jeunes entrepreneurs africains qui souhaitent transformer une idée en produit sans être surendetté. Sur le continent africain, les subventions nationales dédiées à l’innovation demeurent extrêmement rares.

Prêts à taux zéro

Pour pallier aux défaillances du système bancaire africain, de nombreux programmes proposant des prêts à taux zéro sont mis en place en  Afrique. Il s’agit par exemple de la plateforme de financement rattachée au programme Afrique Innovation. L’Agence française de développement est à l’origine de ce projet qui prévoit un remboursement en différé pour les entrepreneurs. Ces derniers peuvent emprunter un montant qui varie entre 10 000 et 30 000 euros. Le budget du programme s’élève à 550 000 euros.

Fonds d’amorçage et de capital-risque

Premier levier, les fonds d’amorçage sont destinés aux startups en manque de capital pour finaliser leur produit. Leur chiffre d’affaires est inexistant. Le fonds Teranga Capital, cofondé par Omar Cissé et Olivier Furdelle au Sénégal apporte un soutien aux startups innovantes en phase d’amorçage avant d’entrer dans leur capital. Ce fonds est doté de 4,9 millions d’euros.

 

Les fonds de capital-risque, eux concernent les startups qui présentent des perspectives de vente. Mis en place par des acteurs publics ou privés à la recherche d’avantages fiscaux et d’opportunités commerciales sur le continent africain, les fonds sont de plus en plus attirés par les incubateurs africains. Au Ghana, l’incubateur technologique Meltwater Entrepreneurial School of Technology (MEST) a créé en 2016 son fonds de capital-risque destinés aux startups  africaines.

Business angels

Le recours à un Business angel est une option de plus en plus privilégiée par les entrepreneurs africains. Impulsée au Nigéria, la mise en réseau des business angels africains fait également son apparition en Afrique francophone tels que Cameroon Angels Network. Le réseau de business angels, Africangels, créé par le camerounais Aldo Fotso vise à apporter son expertise aux investisseurs désireux d’investir dans une startup en Afrique. Néanmoins, face à l’absence de mesures fiscales incitatives,  la tendance demeure embryonnaire.

 

Fonds levés à l’étranger par la diaspora

Pour assurer le financement d’une start-up prometteuse, les Africains de la diaspora disposent d’un accès privilégié aux ressources des pays dans lesquels ils vivent. Certains jeunes entrepreneurs peuvent ainsi bénéficier de fonds d’amorçage mis en place par des institutions publiques en France par exemple.

Financement participatif

Pour compléter leurs fonds propres, certaines startups africaines utilisent le financement participatif. Grâce à la plateforme Ulule, le projet Faso Soap, visant à la création d’un savon anti-moustique, a pu être développé par des ingénieurs burkinabés.

 

En Afrique francophone, pour pallier au taux de bancarisation très faible, la téléphonie mobile joue un rôle important. En effet, certaines plateformes de crowdfunding sont alimentées grâce au crédit mobile.

Concours et bourses

Les accélérateurs et incubateurs de startups en Afrique multiplient de plus en plus les partenariats avec les entreprises qui mettent à disposition des bourses d’amorçage pour les porteurs de projets. Il s’agit par exemple du CTIC à Dakar, qui a initié le programme BuntuTeki en 2015. Ce projet qui vise à soutenir une dizaine de projets par an se réalise en partenariat avec Tigo.

De nouveaux modes de financement à envisager ?

 

L’Afrique dispose de belles perspectives devant. Ce continent est en mesure de financer lui-même des startups. En effet, le financement des startups transite désormais par un nouveau segment d’investisseurs. Il s’agit des sociétés de services financiers sur mobile.

 

De nombreuses entreprises offrent des financements innovants aux jeunes entrepreneurs. Au Kenya, les banques proposent des solutions d’épargne et de prêt en ligne tels que le service M-Shwary, mis en place par la Commercial Bank of Africa (CBA) en partenariat avec Safaricom, premier opérateur au Kenya. Cet établissement bancaire propose des crédits à aux entrepreneurs n’ayant pas accès au secteur bancaire classique.

 

Les transactions de demain se réaliseront à l’aide de systèmes financiers virtuels. Les nouvelles technologies développées en Afrique ouvrent donc de nouvelles perspectives : investissements dans des véhicules d’amorçage à l’aide d’applications boursières sur mobiles par exemple.

 

Pour que l’essor dans les services financiers mobile puisse se réaliser il est essentiel de mettre en place une réglementation incitative et sécurisante tant pour les investisseurs que pour les entrepreneurs. De plus, l’accès à l’internet haut débit reste encore insuffisant pour envisager la diffusion de services financiers mobiles.

A propos de l'auteur

CEO AfrikaTech

Comme beaucoup de personnes j’ai connu l’Afrique à travers des stéréotypes : l’Afrique est pauvre, il y a la guerre, famine… Je suis devenu entrepreneur pour briser ces clichés et participer à la construction du continent. J’ai lancé plusieurs entreprises dont Kareea (Formation et développement web), Tutorys (Plate-forme de e-learning), AfrikanFunding (Plate-forme de crowdfunding). Après un échec sur ma startup Tutorys, à cause d’une mauvaise exécution Business, un manque de réseau, pas de mentor, je suis parti 6 mois en immersion dans l’écosystème Tech au Sénégal. J’ai rencontré de nombreux entrepreneurs passionnés, talentueux et déterminés. A mon retour sur Paris je décide de raconter leur histoire en créant le média AfrikaTech. L'objectif est de soutenir les entrepreneurs qui se battent quotidiennement en Afrique en leur offrant la visibilité, les connaissances, le réseautage et les capitaux nécessaires pour réussir. L'Afrique de demain se construit aujourd'hui ensemble. Rejoignez-nous ! LinkedIn: https://www.linkedin.com/in/boubacardiallo

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