Agé de 49 ans, Karim Sy est un sénégalais de qui on peut dire que créer est aussi naturel que respirer. Non pas créer pour gagner de l’argent, mais afin de participer au développement. En somme, Karim Sy croit en l’entrepreneuriat social : Jokkolabs est pour lui une manière de le développer en Afrique. Le modèle des entreprises actuelles est obsolète, il faudrait revenir à l’humain, en se rappelant qu’en dehors d’un portefeuille d’actions, l’on gère aussi des personnes déclare-t-il. « Le personnel est comparé à des robots dépourvus de réflexion dont la mission est de suivre les ordres qui leurs sont assignés » déplore-t-il.

Karim Sy et la famille …

Karim Sy est le fruit de l’union d’un malien (d’origine sénégalaise) et d’une libanaise. Né en France, il passe sa jeunesse entre plusieurs pays (France, Mali, Côte d’Ivoire, Ethiopie, Canada). Il arrive au Mali à l’âge de 15 ans où il passera deux (02) ans. Ce fut un séjour qui selon lui, a été très important, car lui ayant permis de rencontrer la famille, se faire de nouveaux amis. Père de deux (02) garçons, Karim Sy est marié à une chercheuse en économie.

Sauts d’un projet à l’autre …

Karim Sy est un serial entrepreneur. Alors âgé de 23 ans, il  reprend le projet de forage d’un ancien étudiant, projet qui, faute de connaissances sur le continent africain avait été un échec. Il l’implémente ainsi au Mali : il s’est agi de construire un forage de pompe à eau de 10 kg et 30 m de profondeur, permettant ainsi aux villageois un accès aisé à de l’eau. Suite à la réussite de ce projet, il s’associe à un autre entrepreneur pour monter une entreprise de forage hydraulique, collaboration qui prendra malheureusement fin du fait de la divergence de leurs visions.

Il monte par la suite, avec son frère, une structure de papyphone ainsi qu’un réseau de 2 000 cabines téléphoniques au Mali. Ceci se réalise avec la collaboration d’hommes d’affaires des Emirats. Malgré le franc succès de l’entreprise (numéro 1 national), ils se voient dans l’obligation de mettre la clé sous le paillasson.

Pas le temps de se lamenter ! Karim Sy se lance dans un autre projet. Mais cette fois ci avec un de ses cousins : l’aviation d’affaires, projet lui permettant de découvrir le Sénégal, où, constatant le boom de l’informatique dans une Afrique où il est méconnu, il se plonge dans l’informatique digitale en rachetant la société Oracle et abandonnant par la même occasion le projet d’aviation. Suite à des problèmes avec le fondateur d’Oracle, il ferme la porte et crée sa propre boîte de conseil et d’audit, Opensys (il fait partie des pionniers).

Il fonde ensuite, Optique, traitant des questions de développement en entreprise. Poly compétent,  Karim Sy joue aussi le rôle d’expert pour le compte du ministère hollandais des Affaires étrangères dans plusieurs pays africains à l’instar du Mali, Ghana, Sénégal, Togo et Burkina Faso. Où il évalue les politiques desdits pays et les secteurs porteurs pour l’exportation.

Jokkolabs

Le 10 octobre 2010 correspond à la naissance de Jokkolabs. Contrairement à ce que l’on pourrait croire, il ne s’agit pas d’une entreprise. Considérons la plutôt comme une association voire un club d’entrepreneurs. Sa raison d’être étant l’accompagnement d’entrepreneurs à créer leur entreprise, il s’agit plutôt d’un espace collaboratif.

Karim Sy a dû mettre une pause à toutes ses activités afin de se concentrer sur ce projet qui lui tient à cœur. De nombreux entrepreneurs ont rejoint l’expérience à l’instar de Mareme Malong (Cameroun), Seydou Sy (Mali), Jean Louis Ercolani (France), Mohsen Chirara (Sénégal), Cheickh Omar Ouedraogo (Burkina Faso), Aboubaker Benslimane (Maroc), Philipe-Marie Koffi (Côte d’Ivoire).

Un espace de co-working certes, mais pas comme les autres …

Tout part du nom, Jokkolabs. Jokko est en Wolof (langue parlée au Sénégal) une superposition de deux (02) mots : « Joxko » (donne-lui) et « Jotko » (rejoins-le). Ceci traduit une volonté de communication et de partage au sein du groupe. Ceci est corroboré par les propos de Karim Sy : « Jokkolabs veut aussi porter des valeurs qui vont au-delà d’un espace de créativité et d’innovation. Nous nous considérons comme des catalyseurs qui accompagnons et renforçons une dynamique avec des acteurs sur tel ou tel projet ».

Jokkolabs est le premier espace de type co-working en Afrique de l’Ouest. Ses activités s’articulant entre échange virtuel en ligne et espace physique de travail en commun. Il s’agit fin mot d’un écosystème de l’innovation ouverte pour une prospérité partagée.

Quelques projets marquants

  •         Wizilli : il s’agit d’une plateforme de marketing social media développée par 3W ; première agence partenaire de Facebook et y ayant développé des applications.
  •         Dev Engine Lab : start-up progressant tous les jours. Elle a développé des applications pour des entreprises américaines, sénégalaises, asiatiques. De plus, ses promoteurs accompagnent aussi d’autres start-up telle que Marodi. Ils ont lancé aussi lancé la start-up Coin Afrique (en collaboration avec un ancien de Google France). Ils sont par ailleurs lauréats du challenge panafricain (organisé par Jokkolabs et Société Générale), leur valant ainsi le développement d’un Proof Of Concept avec une filiale africaine de la Société Générale (pour une application d’amélioration de l’expérience client en agence).
  •         ART+Casamance : musée virtuel de l’art contemporain africain. Un projet en cachant un autre, Jokkolabs l’accompagne pour monter le ART+AFRICA (musée virtuel mutualisé pour les galeristes et artistes africains).

Forage hydraulique et minier, aviation d’affaires, consulting, système financier … on peut dire sans hésitation que Karim Sy est un homme à tout faire. De par son rôle de catalyseur d’initiatives en Afrique et en France, il intègre le Conseil Présidentiel pour l’Afrique (CPA). Son expérience dans mille et un secteurs d’activités lui a permis de bâtir Jokkolabs, dont le but est de favoriser les changements structurels autant sur le plan économique que social. Présent dans plusieurs pays africains ainsi qu’en France, plus de 600 start-up accompagnées par le hub numérique qui s’autofinance, Jokkolabs n’a pas fini de faire parler de lui, tout comme Karim Sy.

 

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