Présentez nous votre parcours

Rana Alaa : Je suis une ingénieure électronique, titulaire master en ingénierie environnementale. J’ai travaillé chez Intel aux Etats-Unis et pour Shell, pour essayer de sauver l’environnement, et puis j’ai réalisé que de l’autre côté du secteur énergétique; mon partenaire d’affaire, Yaseen Abdel-Ghaffar travaillait pour ExxonMobil Egypt, et en 2013 nous avons fait face à beaucoup de coupures de courant électrique en Egypte alors qu’il y a beaucoup de soleil (comme dans le reste de l’Afrique).

Pourquoi n’avions-nous pas plus de photovoltaïque ?

Nous avons commencé à examiner la question et avons constaté que les gens n’utilisaient pas l’énergie solaire, car elle demeurait trop chère.

Les entreprises les plus chères dans la zone s’orientent vers des systèmes « off-grid » possédant des batteries, ce qui augmente les coûts. Nous nous sommes alors demandés s’il faudrait les connecter sans nécessairement recourir à une batterie, ainsi les foyers pourraient le charger le jour afin d’être alimenté en électricité la nuit.

Nous avons passé les 9 premiers mois à créer des propositions, convaincre les gens et nous avons finalement eu droit à notre première conférence en mars 2013, à l’université du Caire. Nous avions deux autres projets en parallèle à ce moment-là jusqu’à ce que le gouvernement commence à retirer des substituts à l’énergie conventionnelle. Les alternatives devinrent de plus en plus chères, ce qui poussa la population à s’intéresser davantage au solaire. Une autre chose est que le gouvernement annonça un programme de motivation « Feed-in-tariff »(FiT) autorisant à n’importe qui de créer un système solaire et de lui vendre de l’électricité obtenue.

De vendre au gouvernement ? C’est intéressant. Donc ils peuvent le revendre à d’autres personnes ?

R.A. : Supposons que j’ai un toit vide et que je souhaite l’utiliser : je crée mon propre système photovoltaïque que je place sur le toit et l’affaire est faite. Il faut cependant savoir que le gouvernement certifie le nombre de sociétés aptes à le faire (nous en faisons partie). Nous avons un contrat de 25 ans avec le gouvernement pour lui vendre l’électricité que nous produisons.

C’est un flux de revenu. Admettons que vous avez une maison que vous louez, c’est une sorte de loyer pour votre toit. Cela dépend de votre volonté d’avoir un flux de revenu, de ce que vous êtes prêts à payer, la différence allant d’un toit à l’autre… Nous avons actuellement 30 projets sur pied aux quatre coins de l’Egypte, et ils portent sur les maisons, les entreprises, les écoles, les universités, les usines…

Par “projets” vous voulez dire clients  ?

Oui. Aussitôt que nous construisons un système photovoltaïque, cela devient notre projet.

Une fois construit, vous les entraînez à devenir autonomes avec leur implantation ?

Oui. Nous leur donnons un an de garantie. Ils peuvent nous appeler à tout moment, et s’ils ont besoin d’aide, nous pouvons faire une O et M (Operation and Maintenance contract : contrat d’opération et de maintenance) avec eux. Mais c’est assez facile à gérer : vous avez une voiture, vous pouvez la nettoyer à l’eau au lever comme au coucher du soleil, et ça s’arrête là. S’ils ont n’importe quel problème technique, ils peuvent nous appeler mais c’est très simple d’utilisation.

Nous avons un autre système que nous planifions. Nous venons de signer deux gros contrats pour des centrales plus grandes de 0,5 à 1 MW, des sortes de fermes. Les clients s’en servent pour vendre l’électricité au gouvernement ou pour être autosuffisants. Ainsi vous pouvez soit payer pour cette grande centrale ou vous pouvez payer ce petit loyer, loyer avec subsides donnant de petits taux d’intérêts afin qu’ils puissent en tirer des avantages. Ce que nous faisons n’est pas seulement viable technologiquement, mais aussi financièrement viable pour le client, les reliant au bon investisseur et au bon fournisseur.

Pour ce système, nous avons introduit le concept du « solaire gratuit ». Nous avons un accord avec la banque grâce auquel le client n’avez pas besoin de dépenser quoi que ce soit : la banque nous subventionne afin que nous construisions l’équipement pour lui, et le système se paie lui-même.

Que voulez-vous dire par « le système se paie lui-même» ?

Par exemple : Puisque vous avez un système photovoltaïque, vous épargnez votre facture d’électricité, et la somme que vous épargnez est conservée pour votre installation, et à partir de six ans, la centrale est à vous.

Vous pouvez également utiliser la centrale pour engendrer du revenu, et l’argent obtenu peut être mis dans le loyer et après cinq ans (parce que la centrale a une durée de vie de vingt-cinq ans), elle vous appartient…

Donc il y a un accord entre vous, la banque…

Nous, la banque, et le client.

Ainsi c’est une percée bancaire car le principal obstacle pour le solaire dans cette partie du monde, c’est l’argent.

Mais est-ce réellement abordable pour la plupart des gens ordinaires ? Peut-être que la banque pourrait demander des garanties ou… ?

Ils demandent le revenu de la personne. Le produit est donc, en ce moment davantage pour les personnes aux revenus moyens. Mais nous avons des projets de construction de systèmes pour les hôpitaux, pour des centres de recherche, ou des bidonvilles, où nous devons être financés par les banques.

Quels sont vos clients type ?

Les propriétaires, d’entreprises et les écoles. Maintenant que les gens commencent à sortir de la ville pour s’installer en banlieue, l’intérêt envers ce type d’installation est croissant.

Combien êtes-vous dans cette startup ?

Nous sommes six. Au départ nous n’étions que deux avec le cofondateur (Yaseen). L’an passé nous avons embauché deux juniors, et fin 2015 nous avons recruté deux personnes pour la gestion (nous sommes principalement axés technique).

Quel est votre plan d’expansion ? Pensez-vous rester en Egypte ?

Non. Nous voulons nous étendre hors d’Egypte, vers des pays comme le Soudan. Mon partenaire d’affaires est en ce moment au Quatar, et j’ai parlé à des personnes basées en Arabie Saoudite, qui sont très intéressées par cette technologie, tout comme au sud du Nigeria et au Kenya, notamment. Nous avons juste besoin des bonnes personnes avec qui entrer en partenariat pour garantir que la qualité soit au rendez-vous.

Nous avons aussi besoin que l’investissement grandisse à la même vitesse que le marché. Jusqu’à présent nous arrivons à garder le rythme.

J’étais sur le point de vous le demander : avez-vous levé des fonds ?

Nous travaillons sur l’épargne de cet argent et son utilisation dans du bootstrapping. Le marché est en plein boom donc nous devons croître à la même vitesse.

Quelles sont les prochaines grosses étapes pour vos projets ?

La prochaine est d’avoir les plus grandes centrales sur pied. Dans le meilleur des cas, nous voulons devenir des traders d’énergie.

Pouvez-vous nous dire ce que vous pouvez réaliser avec 1 MW ?

1 MW représente dix mille m² : une grande centrale qui peut alimenter une université, et coûte un million de dollars, donc c’est une grande étape pour nous. Nous voulons être IPP modern c’est à dire Independent Power Producers (producteurs de puissance indépendants) mais nous devons pour cela trouver un investisseur ou investir nous-mêmes dans une implantation et vendre de l’électricité. Nous souhaitons donc, avec ce système, devenir vendeurs d’énergie. C’est quelque chose pour lequel nous avons besoin de beaucoup de fonds : il faut contacter des sociétés d’investissement pour le faire,…C’est là que nous voyons le futur pour avoir des revenus et de marchandise constants.

Y a-t-il de la concurrence en Egypte ?

Nous n’avions pas beaucoup de concurrents, mais quand le gouvernement a lancé des subsides, tout le monde s’y est intéressé : les plus grandes sociétés créèrent beaucoup de spin-offs, et une centaine de sociétés virent le jour; mais six mois plus tard la plupart lâchèrent l’affaire et nous sommes donc restés avec six à une dizaine toujours sur le marché. Ca reste très récent, donc il n’y a pas encore de chiffres vérifiés, mais nous estimons avoir une présence de 5%. Nous sommes plus présents que tout le reste, donc c’est une chose que nous essayons de maintenir.

A propos de la collecte de fonds, avez-vous pensé au crowdfunding (financement participatif) ?

Oui : hier j’ai rencontré un investisseur qui m’en a parlé et j’ai dit que nous y sommes favorables pour autant que nous collectons la somme requise.

Et actuellement, de quoi avez-vous besoin et en quoi pourrait Seedstars World vous être utile ?

En terme de cashflow, rencontrer les investisseurs est utile, rencontrer les autres startups a aussi été d’une grande utilité pour apprendre de leurs expériences, être conscient que nous ne sommes pas seuls (beaucoup de marchés émergents sont semblables, avec les mêmes problèmes…), l’expérience et l’apprentissage donnés par les mentors était très pratique pour avoir un aperçu de la chose ainsi que les évaluations gratuites.

A propos de l'auteur

CEO AfrikaTech

Comme beaucoup de personnes j’ai connu l’Afrique à travers des stéréotypes : l’Afrique est pauvre, il y a la guerre, famine… Je suis devenu entrepreneur pour briser ces clichés et participer à la construction du continent. J’ai lancé plusieurs entreprises dont Kareea (Formation et développement web), Tutorys (Plate-forme de e-learning), AfrikanFunding (Plate-forme de crowdfunding). Après un échec sur ma startup Tutorys, à cause d’une mauvaise exécution Business, un manque de réseau, pas de mentor, je suis parti 6 mois en immersion dans l’écosystème Tech au Sénégal. J’ai rencontré de nombreux entrepreneurs passionnés, talentueux et déterminés. A mon retour sur Paris je décide de raconter leur histoire en créant le média AfrikaTech. L'objectif est de soutenir les entrepreneurs qui se battent quotidiennement en Afrique en leur offrant la visibilité, les connaissances, le réseautage et les capitaux nécessaires pour réussir. L'Afrique de demain se construit aujourd'hui ensemble. Rejoignez-nous ! LinkedIn: https://www.linkedin.com/in/boubacardiallo

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