Originaire du Cameroun, Aldo Fotso est le co-fondateur et le CEO d’Africangels, premier réseau africain de business angels. Ce réseau, expliquent ses fondateurs, regroupe des investisseurs soucieux du choix de leur placement et motivés par une aventure entrepreneuriale et un accès facilité et élargi à des dossiers originaux.

Aldo Fotso acquiert son goût pour l’entreprise d’abord aux côtés de sa mère, Marie Claire Siakam Mba qui, avec son mari, Etienne Janvier Mba, ancien ministre gabonais des transports, ont très vite investi dans l’agro-industrie et la distribution. Le petit Prince de Bandjoun (Aldo Fotso est le petit fils du Roi Kamga, Roi de Bandjoun à l’Ouest du Cameroun) s’est également inspiré de la réussite de ses oncles : Jean Marie Mbieleu, un des hommes d’affaires camerounais les plus brillants de sa génération ou encore son grand-oncle, le très connu Victor Fotso. C’est dans les années 2000 qu’il décide de mettre ses compétences au service du continent en participant à la promotion des entreprises africaines à l’international. « A chaque fois que j’arrivais en France, à franchir une porte mon projet sous le coude et rencontrer un décideur important tels que le ministère des finances, Ubifrance, la Chambre de Commerce, etc., la réponse à ma demande d’accompagnement était la même : « votre projet à l’air très intéressant. Si vous ciblez les secteurs de l’artisanat par exemple, on est prêt à vous soutenir ». Une position qui montrait bien leur intérêt à soutenir le secteur privé africain… », explique-t-il.

Des ressources africaines à la disposition d’entreprises africaines

Détenteur d’un master of business administration de l’institut des hautes études économiques et commerciales de Paris et d’un diplôme de 3ème cycle en relations internationales du centre d’études internationales de Paris, Aldo Fotso a exercé durant plus de quinze ans, des fonctions commerciales et stratégiques à différents niveaux de responsabilités pour le compte de compagnies de tailles diverses telles que l’agence européenne de presse et de publicité, Motorola, etc. Par la suite, il intègre un Cabinet de conseil indépendant en tant que business development manager. Auparavant, en 2009, il a co-fondé Africangels avec 3 associés à savoir Nicolas Hounto, ancien patron d’Agresso, Geneviève Yossa, directrice générale de Divas Magazine et Thierry Djeumo, Quantitative Modelling Auditor chez BPCE. Mission principale : mettre des ressources africaines à la disposition des entreprises africaines afin d’accélérer leur croissance, notamment à l’international, tout en mettant l’accent sur l’impact socio-économique de leur projet. Le réseau Africangels a notamment comme premier soutien l’actuel Premier ministre camerounais, Yang Philémon. Quelques mois plus tard, sur les conseils de Claude Rameau, fondateur de France Angels, principale fédération de business angels français, Aldo Fotso fait évoluer son model puis crée Africangels BA, 1er réseau de business angels africain. En tant que directeur exécutif d’Africangels, Aldo Fotso il multiplie les initiatives et lance plusieurs programmes : Africangels Ventures, programme d’appui aux entrepreneurs à fort potentiel de croissance ; Africangels B.A., le 1er Business Angels africain, dédié à l’investissement dans les entreprises ayant un impact socio-économique sur l’Afrique et le Prix de l’entrepreneur africain, dont la prochaine édition, organisée en collaboration avec la CGPME Confédération Générale des Petites et Moyennes Entreprises françaises , sera lancée le 18 octobre prochain au sein du célèbre Palais Brongniart de Paris. En parallèle à ces activités, Aldo Fotso fonde WAC, l’une des 1ères sociétés indépendantes de service pour mobile, effectue en 2010 un passage chez I-Dispo une startUp à succès. Il y exerce la fonction d’associé, chargé de la stratégie et du Marketing.  et occupe un siège au sein du comité stratégique de plusieurs startUps. Mais très vite après sa création Africangels est confronté au défi du sourcing des meilleurs dossiers d’entreprises, lié au risque humain extrêmement élevé, au manque de données fiables et centralisées, et de structures d’accompagnement. « En raison de ces aspects, nous passons énormément de temps à identifier des projets à fort potentiel et surtout à les suivre. La pratique et la culture font que nous devons prendre le temps pour connaitre nos partenaires et installer un climat de confiance. Passer en moyenne 1an ½ avant de pouvoir nous engager sur un dossier, est un temps malheureusement nécessaire mais beaucoup trop long », explique le directeur exécutif d’Africangels.

Financement, le talon d’Achille des entrepreneurs en Afrique

Pour ce dernier, le financement demeure le talon d’Achille d’entrepreneurs africains. « Il n’est pas normal, en 2016, que l’on observe des investissements avec des taux d’intérêt compris entre 12 et 15% ! », déplore Aldo Fotso. Pour ce dernier, les gouvernements doivent contribuer à améliorer la pérennité des entreprises, hors des grands discours ambiants. « Comment voulez-vous ainsi assurer la compétitivité des entreprises ? Et comment nos entreprises, sans compétitivité, vont-elles pouvoir maintenir leurs parts de marchés dans leurs propres pays, avec les accords de partenariats économiques !? », se demande-t-il. Par ailleurs, le directeur exécutif d’Africangels pointe également du doigt le mauvais état des infrastructures en Afrique, et particulièrement celles dédiées aux entrepreneurs. « L’entrepreneuriat est le 1er secteur générateur de richesse et d’emploi. Les entrepreneurs sont considérés par tous les décideurs intelligents comme une mine d’or. Les grandes entreprises, à bout d’inspiration et d’innovation, se tournent désormais vers elles afin de construire de nouveaux modèles, plus flexibles, et développer des services et des produits plus innovants. Dans cette approche, elles se tournent également vers l’Afrique pour dénicher de futurs « pépites ». Elles ont engagé une guerre en Afrique, une guerre bénigne, car leur engagement est porteur de solutions pour l’Afrique. Mais dont les conséquences dépendront en réalité d’abord de notre volonté à soutenir nos entrepreneurs et à les aider à franchir les nombreuses barrières auxquelles ils font face. Nous avions commis une erreur historique en laissant filer nos cerveaux. Aujourd’hui, nous ne devons pas commettre celle de laisser filer nos startups », déclare Aldo Fotso.

Développer le patriotisme économique

Pour lui, il est impératif d’organiser des assises de l’entrepreneuriat et de « mettre tout à plat ». « Cela représente un gros chantier, mais un chantier à la hauteur des enjeux qu’ils représentent : l’offre en matière d’accompagnement ; Le cadre fiscal, qui doit être repensé pour favoriser l’éclosion d’une nouvelle dynamique entrepreneuriale ; Nous devons absolument mettre en place un cadre qui permette de stimuler l’investissement. Mais cela ne peut être efficace que si nous favorisons la diffusion de la culture de l’innovation et l’entrepreneuriat, dont l’impact en réalité dépasse le seul écosystème entrepreneurial ». Pour Aldo Fotso, les dirigeants africains doivent développer le patriotisme économique et avoir le courage de libéraliser les secteurs même stratégiques et les ouvrir aux nationaux, en s’inspirant des décisions courageuses qui ont pu être prises au Nigéria il y a quelques années.
« Nous pourrions pousser le secteur privé existant à investir dans des secteurs d’avenir en prélevant une faible participation à leur bénéfice afin de l’injecter dans un fonds dédié au développement des sociétés à fort potentiel d’avenir ; Sauvegarder des secteurs en péril  (la culture et la disparition complète des salles de cinéma en est un exemple,…) desquels se désengagent les opérateurs économiques, en se servant de ces fonds ; Exiger des états tiers qu’ils puissent faciliter l’octroi de marchés publics s’ils souhaitent que leurs propres entreprises puissent soumissionner aux marchés d’état dans les pays africains. Nous disons que privilégier des entreprises étrangères au seul titre qu’elles sont étrangères dans le cadre de la passation de marchés sur lesquels nous avons pourtant des entreprises locales performantes est inadmissible. Enfin, nous devons développer des mécanismes d’appui à l’export efficaces afin d’offrir à nos entreprises, un nouvel horizon et de nouvelles opportunités de croissance », conclut-il.

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