Fondé par Karim Aboul-Enein et Sébastien Marty, Largelabs est une entreprise spécialisée dans les jeux vidéos qui tente de faire quelque chose qui n’avait jamais été fait jusqu’à présent : faire le pont entre le secteur du jeu vidéo français, qui est en excellente santé et celui d’un pays émergent dans le domaine. “Nous sommes un studio bi-culturel assumé, avec un pied au Caire (Egypte) et un pied dans le village de Villandraut (Gironde, France).” dit Karim Aboul-Enein. Découvrez à travers cette interview les multiples missions et objectifs de cette entreprise innovante.

 

Présente-toi et ton parcours (brièvement)

Karim Aboul-Enein : Après une formation d’ingénieur à l’Efrei (Paris, France), spécialité imagerie virtuelle et applications 3D, j’ai travaillé pendant un an en tant que responsable d’un projet technique aux infrastructures UI de Dassault Systèmes. Ce bref passage chez eux m’a donné mes premières armes pour intégrer le secteur du jeu vidéo comme je l’avais toujours souhaité, via le studio parisien Mob in Life. J’y ai été programmeur iOS (City Domination), puis programmeur Unity sur un projet innovant à plus gros budget, avant de passer lead sur cette même équipe. J’ai ensuite co-fondé Largelabs avec Sebastien et nous sommes partis ensemble au Caire pour monter le projet.

 

Sebastien Marty : J’ai suivi une formation en Communication Visuelle & Gestion de Projet Multimédia à L’Institut de l’Internet et du Multimédia. J’ai fait un court séjour en agence de communication avant de bifurquer vers le jeu vidéo. Un premier contact chez Cyanide puis premier gros projet chez Mob in Life en tant que Directeur Artistique, j’ai eu l’occasion de cumuler les casquettes et de mettre mes compétences à l’épreuve avant de co-fonder Largelabs avec Karim – par amour du challenge, principalement.

 

Quel est ton projet et sa mission ?

Karim Aboul-Enein : Largelabs tente de faire quelque chose qui n’avait jamais été fait jusqu’à présent : faire le pont entre le secteur du jeu vidéo français, en très bonne santé et parmi les plus compétitifs au monde, et le secteur égyptien qui en est encore à ses balbutiements. Nous sommes un studio bi-culturel assumé, avec un pied au Caire (Egypte) et un pied dans le village de Villandraut (Gironde, France). Dans ce contexte particulier, notre mission est multiple :

  • Développer des jeux de qualité, compétitifs sur le marché mondial du mobile, avec une incentive particulière pour le public MENA (Middle-East-North-Africa), notamment à travers les thèmes abordés et la direction artistique.
  • Mettre la localisation en arabe au centre du processus créatif et permettre aux arabophones de jouer facilement dans leur langue.
  • Contribuer à la fédération et l’organisation du jeune écosystème de développeurs indépendants égyptiens, avec des projets de jam (création collective de prototypes de jeux en moins d’une semaine), des masterclass, la participation à des événements locaux…
  • Inciter des artistes et des développeurs français et égyptiens à collaborer et à apprendre les uns des autres.

 

Quel est le problème résolu par Largelabs ?

Karim Aboul-Enein : La création de jeux vidéo n’est réellement dynamique que dans les pays occidentaux et dans certains pays d’Asie. Bien sûr, il existe des exemples qui ont bien fonctionné en Afrique et en Amérique du Sud, mais on peut difficilement parler de secteur ou d’industrie. Plutôt d’une niche qui a su percer en s’affranchissant des contraintes inhérentes à ces régions du globe. Parmi les composantes du problème, on pense évidemment en premier lieu au manque d’accompagnement business et à la difficulté de lever des capitaux, mais aussi à l’absence de ce que j’appelle “le confort universitaire”, que j’ai eu la chance d’expérimenter en France durant mes études (possibilités de stages dans les grandes entreprises, voyages universitaires, intervenants prestigieux, formations spécialisées avec une base théorique solide…). Si on prend l’exemple de l’Egypte, les formations innovantes qui s’inscrivent dans cette idée du “confort universitaire” sont concentrées sur les établissements privés internationaux. Ce n’est pas pour tout le monde malheureusement, parce que ça coûte très cher ! Du coup, les développeurs indépendants existent en Egypte, il y a beaucoup de potentiel et de talent, mais ils ont du mal à se professionnaliser et à entrer sur le marché.

 

Sebastien Marty : L’une des conséquences, c’est qu’en étant concentrée sur l’Occident et l’Asie, la production de jeux indépendante ou de plus grande envergure délivre très peu d’expériences calibrées pour le public MENA. La langue arabe est difficile et coûteuse à intégrer pour les studios, la culture est différente… L’App Store n’est pas disponible nativement en arabe, ce qui pousse de nombreux joueurs MENA vers le store USA. Ils y trouvent les mêmes jeux que le public américain, aux côtés de quelques produits exclusivement en arabe, poussés par de rares développeurs qui ont saisi l’opportunité.

 

Karim Aboul-Enein : On observe également que ces dernières années, les initiatives entrepreneuriales ont nettement augmenté en Egypte. Il commence à y avoir des incubateurs, des salons de grande envergure, des levées de fonds importantes pour des startups innovantes… Mais le jeu vidéo égyptien doit encore évoluer et se professionnaliser avant de subir le même traitement. Les quelques studios qui ont réussi en Egypte (Instinct Games, Cryptyd) ne suffisent pas à eux seuls à développer le secteur et répondre à la demande sur le marché de l’emploi. Nous devons faire nos preuves, auprès des joueurs MENA et de la communauté de développeurs indépendants en Egypte, par notre façon de produire, la qualité de nos expériences et en montrant qu’il est possible de réinjecter de la confiance de la part du public envers les apps en arabe.

 

Sebastien Marty : Lorsque les développeurs de la communauté égyptienne viendront travailler avec nous, ils viendront pour développer des jeux avec des méthodes héritées de nos expériences passées et que nous avons mises en place chez Largelabs ces deux dernières années (codebase modulaire et réutilisable, création d’outils, game design collégial, optimisation pour les devices low-end…) mais aussi pour contribuer à leur tour à la dynamisation du secteur en prenant une part importante à toutes nos initiatives satellites. Nous rêvons d’un cercle vertueux dans lequel les développeurs juniors veulent venir chez Largelabs en stage et devenir seniors avec nous… Et pourquoi pas, après, avoir l’envie de créer leur propre studio, forts de leur expérience, et contribuer à la croissance du secteur ! Après tout, c’est ce que nous avons fait après notre passage chez Mob in Life et cela nous paraît être un état d’esprit sain dans ce secteur en construction.

 

Quel est le business model ?

Karim Aboul-Enein : A l’heure actuelle, nous nous focalisons sur le marché du freemium et free-to-start mobile avec des jeux à fort caractère. Nos sources de revenus sur les jeux sont les achats intégrés et la pub vidéo. Comme pour tout jeu basé sur ce business model, nous allons chercher à optimiser la rétention et l’engagement des joueurs à court et long terme avec différents choix de design. Il y a un équilibre à trouver entre l’utilisation des metrics et le game design pour y parvenir.

La première étape est de faire nos preuves avec un portfolio varié sur les stores mobiles de tous les pays. Notre premier jeu, Aliens vs Cowmander, a déjà eu un featuring App Store en home page au Royaume-Uni, Canada, Égypte, Irlande… Ce jeu a été réalisé en 3 mois à l’aide des outils et de la pipeline que nous avons mis en place. Avec ce système, plus nous développons de jeux, plus nous réduisons nos coûts marginaux et plus nous devenons rentables. Nous pouvons alors réinjecter du budget dans la profondeur et le caractère unique de chaque expérience, les mises à jour et monétiser de plus en plus en engageant nos joueurs davantage. Notre business model sur les jeux est fortement lié à l’infrastructure technique que nous avons créée, dédiée à une production optimisée et rapide, sans jamais sacrifier la qualité.

 

Sebastien Marty : Nous concevons chaque jeu avec en amont l’idée d’un développement de la propriété intellectuelle à long terme. Beaucoup d’histoires que nous pourrions raconter pour chacun de nos jeux ne rentrent pas dans le format mobile freemium standard. Un jeu avec un univers engageant sur lequel nous pouvons constater des résultats peut-être sujet à du merchandising, des comic strips, de l’animation… Voire même à l’avenir un autre jeu sur un support qui permet d’aborder son univers sous un autre angle et des mécaniques de cross-play avec le produit mobile et son public déjà engagé.

 

Karim Aboul-Enein : Aliens vs Cowmander étant notre premier jeu à atteindre les stores, c’est aussi l’occasion pour nous de tester toutes ces choses. Grâce aux featurings et à la communauté de coeur que nous avons consolidée depuis le début de l’aventure Largelabs, nous avons une croissance organique des téléchargements très satisfaisante. Nous prévoyons de tester d’autres initiatives business autour de ce jeu, en marge du développement des prochains. La réception au merchandising Largelabs à l’étranger et les marges que nous pouvons générer en produisant et expédiant ces produits depuis l’Egypte sont également à l’étude actuellement.

 

Sebastien Marty : Le dernier pilier du business model du studio est d’utiliser les faibles coûts de production en Egypte à notre avantage afin de proposer des partenariats et des prestations compétitives à des éditeurs français, par exemple. Nous avons déjà eu une première expérience réussie de ce type avec le site officiel de la licence Loups-Garous de Thiercelieux (www.loups-garous-en-ligne.com).

 

Comment as tu eu l’idée pour créer ton entreprise ?

Karim Aboul-Enein : L’idée est née du désir d’être indépendant dans la production de jeux et de l’envie de faire quelque chose en Egypte. Outre mon attachement personnel à ce pays (je suis français avec des origines égyptiennes)… Quand on pense à la culture moderne au Moyen-Orient (musique, cinéma, séries), on l’associe souvent à l’Egypte qui a un rayonnement particulier sur toute la région. Les superstars syriennes chantent en arabe égyptien (George Wassouf par exemple). Enfants, mes amis marocains regardaient tous les dessins animés à la télé en arabe égyptien. Alors ce qu’on s’est dit en première instance, c’est “et pourquoi pas le jeu vidéo égyptien ?”.

 

Sebastien Marty : Nous nous sommes alors réunis autour de cette question et de ce désir. Puis, nous avons procédé comme n’importe quel entrepreneur qui veut savoir s’il peut s’implanter sur un marché : nous avons regardé des études sur la croissance des connections 3G / 4G en Egypte, nous avons identifié un public cible, étudié la démographie, analysé le marché de l’emploi et les concurrents, estimé les coûts de production, évalué les risques et les barrières réglementaires, le fonctionnement de la propriété intellectuelle entre les deux pays… Puis est venu un premier voyage en Egypte. Nous avons pitché à la Chambre de Commerce Française au Caire et au directeur de l’incubateur de l’Université Américaine qui ont tous validé notre démarche. Et puis finalement, nous sommes partis le faire, il y a maintenant deux ans !

 

Peux-tu présenter ton équipe ?

Karim Aboul-Enein : Actuellement, Largelabs se constitue de Sebastien, moi-même et Ayman Sabae, notre administrateur égyptien. Il est également entrepreneur et a co-fondé Shamseya, une startup innovante dans le domaine médical. Son rôle est de nous accompagner sur du business development local et les relations avec toutes les instances gouvernementales égyptiennes (Ministère de l’Investissement, bureaucratie égyptienne…).

 

Quelles sont les prochaines étapes ?

Karim Aboul-Enein : A court terme, nous voulons valider notre stratégie avec deux produits sur le marché et générer le plus de metrics possibles. Ceci nous donnera une base sur laquelle nous pourrons réaliser des forecasts crédibles sur notre potentiel de croissance. Durant cette période, nous restons en effectifs réduits et nous éprouvons au maximum notre infrastructure technique, afin de l’optimiser et réduire autant que possible les coûts de développement pour les produits suivants.

 

Sebastien Marty : Sur cette base, nous irons chercher de nouveaux capitaux afin d’accélérer le développement de Largelabs en Egypte. Nous voulons vraiment faire nos preuves à une échelle modérée avant de nous engager avec un investisseur. Si une telle collaboration se met en place, il est dans l’intérêt de tous d’être bien préparés à faire grandir le studio et d’avoir tous les feedbacks et les chiffres nécessaires pour le faire sereinement. Nous sommes aujourd’hui très proches de cette étape. Une fois que l’embauche pourra démarrer, il faudra bien intégrer les nouveaux arrivants à la culture de l’entreprise et à la façon de travailler, qu’ils se saisissent bien de nos outils…

 

Karim Aboul-Enein : A court et à moyen terme, la consolidation de notre studio égyptien est donc notre priorité. L’horizon lointain est d’aller au bout de notre démarche de studio bi-culturel en développant la branche française de Largelabs à Villandraut, avec des échanges de compétences et de collaborateurs entre les deux pays. La Nouvelle-Aquitaine est très dynamique sur le secteur du jeu vidéo et nous avons un bel espace de création à exploiter à Villandraut pour le futur. Cela pourra donner lieu à des choses très enrichissantes pour les deux équipes et des produits toujours meilleurs.

 

De quoi as-tu besoin et comment AfrikaTech peut t’aider ?

Karim Aboul-Enein : Actuellement, nous avons besoin d’être en relation étroite avec les studios de jeux vidéo d’Afrique du Nord et les entreprises tech en général qui ont réussi avec des produits de divertissement. Comprendre comment ils fonctionnent, s’ils ont des expériences avec des publishers locaux, comment ils ont trouvé leurs capitaux… Nous avons énormément à apprendre des acteurs de la région qui ont réussi à s’implanter, même après deux années sur place.

Nous allons également avoir besoin d’investisseurs sérieux, qui souhaiteraient accompagner ce projet avec nous. Bien entendu, ces investisseurs devraient être sensibles à la démarche de développement du secteur du jeu vidéo en Afrique du Nord – et plus particulièrement en Egypte.

Nous pensons que nous nous inscrivons dans l’état d’esprit d’AfrikaTech et que la plateforme peut nous mettre en relation avec des personnes qui ont les mêmes intérêts que nous. Nous sommes vraiment heureux de voir qu’une telle plateforme existe et qu’elle soit si active.

 

Quels sont les contacts de l’entreprise ? Site web, email, Portable/WhatsApp, liens vers les réseaux sociaux ?

Karim Aboul-Enein : Il y a beaucoup de manières de discuter avec Largelabs !

Sur Facebook : www.facebook.com/largelabs/

Sur Twitter: @LargelabsEg

Sur notre site web : www.largelabs.fr

Avec moi directement par mail : karim@largelabs.fr

About The Author

CEO AfrikaTech

Comme beaucoup de personnes j’ai connu l’Afrique à travers des stéréotypes : l’Afrique est pauvre, il y a la guerre, famine… Je suis devenu entrepreneur pour briser ces clichés et participer à la construction du continent. J’ai lancé plusieurs entreprises dont Kareea (Formation et développement web), Tutorys (Plate-forme de e-learning), AfrikanFunding (Plate-forme de crowdfunding). Après un échec sur ma startup Tutorys, à cause d’une mauvaise exécution Business, un manque de réseau, pas de mentor, je suis parti 6 mois en immersion dans l’écosystème Tech au Sénégal. J’ai rencontré de nombreux entrepreneurs passionnés, talentueux et déterminés. A mon retour sur Paris je décide de raconter leur histoire en créant le média AfrikaTech. L'objectif est de soutenir les entrepreneurs qui se battent quotidiennement en Afrique en leur offrant la visibilité, les connaissances, le réseautage et les capitaux nécessaires pour réussir. L'Afrique de demain se construit aujourd'hui ensemble. Rejoignez-nous ! LinkedIn: https://www.linkedin.com/in/boubacardiallo

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