L’Afrique a dû faire face à la colonisation durant des années. L’on pourrait croire qu’avec l’obtention de l’indépendance des pays africains, cette pratique a cessé d’exister. Il semblerait que cette pratique s’est plutôt développée, laissant place à une autre forme de colonialisme : le cyber-colonialisme. On entend ainsi par cyber-colonisation la captation non seulement de talents locaux recrutés par les grandes plateformes à l’instar des GAFAM, mais aussi de la valeur ajoutée produite et des données accumulées sur un pays ou un continent.

La 4ème Révolution Industrielle

La 4ème Révolution Industrielle se caractérise non seulement par sa vitesse de propagation, mais aussi par sa portée et son impact. Elle se caractérise par une fusion des technologies, effaçant les limites entre physique, numérique et biologique. La digitalisation accélérée due à la crise sanitaire (Covid 19) actuelle n’est donc pas passagère. Economie, agriculture, santé … aucun secteur n’échappe à la révolution numérique. En effet, le numérique joue un rôle dans le développement durable d’un territoire, améliorant ainsi le bien-être des populations. En 2018, l’économie basée sur les moyens de paiement mobile a contribué à 8,6 % au PIB de l’Afrique, soit environ 144 milliards de dollars américains. Mode de paiement qui soit dit en passant a eu son rôle à jouer dans le respect de la distanciation sociale (une des mesures barrières contre le coronavirus) en Afrique.

La cyber-colonisation de l’Afrique …

Nombreux sont ceux qui pensent qu’une menace de néo colonialisme plane sur l’Afrique : le cyber-colonialisme. Cyber-colonialisme orchestré non seulement par la Silicon Valley (GAFAM) mais aussi par la Chine (Huaweï…). Nul n’ignore que l’Afrique représente leur terrain de guerre. L’une étant spécialisée dans l’architecture de l’écosystème numérique (Etats-Unis) et l’autre (la Chine) dans les infrastructures fourniture de téléphones mobiles accessibles à toutes les bourses. Les gouvernements africains accueillent cet intérêt que leur portent les GAFAM et la Chine comme une aubaine pour le développement de l’Afrique. Souhaitant ainsi voir naître des « Zuckerberg africains ».

Cet engouement est d’autant plus justifié du fait que les nouvelles technologies révolutionneraient de manière drastique certains secteurs à l’instar du secteur agricole ou encore sanitaire. En effet, une application développée au Nigéria (Ubenwa) permet de diagnostiquer les asphyxies à la naissance. Il s’agit d’une version pour bébés de l’application Shazam (application permettant d’identifier une chanson et son interprète à partir d’un extrait musical de celle-ci). Cette application pourrait participer à la réduction de mortalités infantiles dans de nombreux pays.

Souveraineté numérique de l’Afrique …

Plusieurs africains à l’instar de Tewodros Abebe (qui a rédigé une thèse sur les nouvelles technologies à l’université d’Addis Abeba, en Ethiopie) voient derrière les actions des entreprises de la Silicon Valley ou encore par la Chine, plus comme une collaboration qu’une cyber-colonisation. En effet, ces actions seraient comparables à de la cyber-colonisation si et seulement si ces derniers étaient juste là pour « business ». Or ce n’est nullement le cas. Il s’agit tout simplement d’un « transfert de technologie » rien de plus. Toujours selon Tewodros Abebe, il incombe aux africains de trouver des solutions aux problèmes qui minent le continent (sachant que c’est eux qui les subissent) et grâce à cette nouvelle technologie venue de l’étrangers, ces jeunes africains en seront capables.

Lorsque l’on parle de souveraineté numérique, il s’agit en d’autres termes d’indépendance, d’autonomies des Etats dans le cyberespace (espace virtuel). De ce fait, parler de souveraineté numérique des Etats africains sous-entend une capacité desdits pays à se doter de leurs propres infrastructures et à réduire leur dépendance à l’égard d’acteurs externes à leur zone. On ne peut pas dire que ce soit déjà le cas pour le moment, même si de réels efforts sont consentis dans ce sens. Les différents scandales liés à la manipulation des réseaux sociaux font preuve d’une dépendance. Une régulation du secteur numérique s’impose donc en Afrique. A défaut de se doter de datas centers (où ils pourront exercer pleinement leur pouvoir de régulation), les Etats africains peuvent imposer des législations sur la protection des données qui feront foi même si des sites africains sont hébergés à l’étranger.

Le déficit d’infrastructures adéquates, le besoin en financement ou encore la population très élevée font de l’Afrique le centre d’une cyber-guerre opposant les puissances numériques mondiales. Toutefois, elle a une chance de se sortir la tête de l’eau avant qu’il ne soit trop tard. Et ce, au travers de moultes actions à l’instar de : la mise en place d’une réglementation efficace, du renforcement des infrastructures, la copie de bonnes pratiques venant de l’extérieur. En somme, le fort intérêt des gouvernements africains pour le numérique doit être applaudi. Cependant, ne pas bénéficier des mêmes régulations qu’en occident engendrerait un agrandissement du fossé entre le Nord et le Sud. L’Afrique doit certes dire oui au développement sans pour autant mettre de côté la protection de la vie privée de ses citoyens. Il s’agit en d’autres termes de la promotion de l’innovation sans toutefois entacher les droits fondamentaux des africains.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

Téléchargez gratuitement des idées d’affaires et études de marché